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DU PASSAGE

 

LA LEGENDE DU PASSAGE

La fraîcheur de l'hiver disparaissait et le soleil de février adoucissait l'aube. La veille du printemps faisait renaître la nature.

Au creux de la forêt, les animaux se réveillaient doucement.
Parmi eux, Mademoiselle crapaud " Marguerite " s'étira tout en soulevant sa couverture de feuille. Elle songeait ; cette année, elle trouverait son prince charmant. Mais pour rencontrer l'amour, il fallait comme tous les petits crapauds, affronter le " passage ".C'était une large bande de goudron aussi noire que dangereuse nommée : route.

Marguerite, n'écoutant que son courage, pris le départ pour cette grande aventure d'un pas sautillant. A travers la pénombre des sous bois, elle brava tous les obstacles ; les troncs d'arbres à l'écorce rugueuse et les énormes cailloux qui barraient son chemin. Se reposant parfois afin de reprendre des forces puis s'élancer encore plus haut.
Quand soudain, au bord du passage, elle tomba dans un seau enterré qu'elle n'avait pas vu ! Affolée, elle pris son élan, sauta, retomba, gigotait dans tous les sens, sauta à nouveau mais en vain. Elle était fatiguée de se débattre quand derrière elle au fond du trou, elle l'aperçu qui la regardait avec ses grands yeux écarquillés. Au milieu d'autres compagnons d'infortune, c'était Gaétan, le prince de ses rêves. Ce fut le coup de foudre.
- On ne peut plus sortir ! on va tous mourir ici ? demanda t-elle.

Unis dans le désespoir, Gaétan s'approcha et ils s'enlacèrent avec tendresse sous le regard ému de leurs camarades également piégés.

Mais un autre danger les guettait : L'oiseau sorcier des bois de Guipperreux, le cruel héron cendré. Il vola, ailes déployées vers son garde manger. A peine posé, il piqua tel une épée au milieu du petit groupe d'amphibiens. Gaétan poussa Marguerite contre la paroi pour la protéger. Tous s'élançaient terrifiés de part et d'autre de leur prison de plastique, pour échapper au bec aiguisé de leur ennemi mangeur de crapaud. Parmi les prisonniers, Monsieur Triton Marbré eut une idée. Il grimpa sur le dos de ses amis et grâce au soleil, sa peau d'un vert fluorescent éblouit le sorcier.


En colère d'être défié par plus petit que lui, le héron jeta un sort terrible ;
- Que celui d'entre vous qui a le cœur le plus pur et sincère devienne humain !
et il disparut dans la noirceur de la forêt.

Cette pauvre Marguerite se transforma en une belle jeune femme. Triste mais inquiète pour ses amis, elle pris le récipient puis traversa la route pour les délivrer de l'autre côté du passage. Gaétan la regarda tendrement et lui fit un clin d'œil complice en remerciement avant de s'éloigner de son amour devenu impossible pour rejoindre l'eau.

Désormais dans le monde des hommes, elle s'inspirerait de sa mésaventure pour protéger ses anciens copains.
Depuis, chaque année à la même époque, en forêt de Guiperreux, pendant la période des amours, elle ramasse les crapauds tombés dans les seaux disposés en bordure de route pour les relâcher au petit matin dans les eaux fraîches de l'étang. Ainsi, ils pondent leurs œufs en toute tranquillité. Une sorte d'ascenseur anti-voiture.

Mais elle a toujours l'espoir de retrouver son beau prince Gaétan. Elle le reconnaîtrait, dit-elle en un clin d'œil ! .

FIN


 

 

 

© Cranouille. Janvier 2005 tout droits réservé.